Gouvernance du secteur minière : La SOPAMIM-SA, une structure de trop ?
Dans un contexte de refondation de l’État et de quête affirmée de souveraineté économique, le gouvernement de la Transition poursuit la réorganisation du secteur minier, pilier stratégique de l’économie nationale. Après la création récente d’un commissariat chargé des activités minières, alors que le ministère des Mines demeure l’organe historique de tutelle du secteur, le Conseil des ministres vient d’adopter de nouveaux textes instituant la Société de Patrimoine minier du Mali (SOPAMIM S.A.).
Présentée sur le rapport du ministre de l’Économie et des Finances, cette nouvelle société anonyme, détenue à 100 % par l’État, s’inscrit dans le prolongement de la Loi n°2023-040 du 29 août 2023 portant Code minier, laquelle a renforcé la participation de l’État dans le capital des sociétés minières opérant au Mali. À travers la SOPAMIM, l’État entend mieux gérer ses participations, assurer le portage des intérêts nationaux et accroître le contrôle public sur l’exploitation des ressources minières.
Sur le fond, la création de la SOPAMIM répond à une logique économique et stratégique claire. Le secteur minier contribue de manière déterminante aux recettes d’exportation et fiscales, au développement du secteur privé et à l’attractivité des investissements directs étrangers. En se dotant d’un outil dédié à la gestion de son patrimoine minier, l’État cherche à optimiser les retombées financières du secteur, à renforcer la transparence dans la gestion des participations publiques et à consolider sa souveraineté sur des ressources jugées vitales pour le développement national.
Cependant, l’enchaînement des réformes soulève des interrogations légitimes sur la cohérence institutionnelle. Entre le ministère des Mines, le commissariat chargé des activités minières et désormais la SOPAMIM, le risque d’un enchevêtrement des compétences apparaît réel. Là où le ministère est censé définir la politique minière et assurer la régulation, le commissariat pourrait être perçu comme une structure de pilotage stratégique, tandis que la SOPAMIM agirait comme bras opérationnel et financier de l’État. Encore faut-il que cette répartition des rôles soit clairement définie et effectivement respectée. À défaut d’une clarification rigoureuse des missions et des mécanismes de coordination, la multiplication des structures pourrait entraîner des lenteurs administratives, une dilution des responsabilités, voire une confusion préjudiciable à la gouvernance du secteur. Dans un environnement minier fortement concurrentiel, la lisibilité du cadre institutionnel demeure un facteur clé de confiance pour les investisseurs et les partenaires techniques.
L’enjeu central réside donc dans la capacité des autorités de la Transition à transformer cette architecture institutionnelle renforcée en un levier d’efficacité, plutôt qu’en un empilement de structures. Si la SOPAMIM parvient à jouer pleinement son rôle de gestionnaire du patrimoine minier de l’État, en synergie avec le ministère des Mines et le commissariat, elle pourrait contribuer à une meilleure redistribution des revenus, à la promotion des intérêts nationaux et à une gouvernance plus vertueuse du secteur.
Au final, au-delà des annonces et des textes, l’opinion publique attend des résultats concrets : plus de transparence, une meilleure maîtrise des ressources, des retombées visibles pour les populations et une contribution accrue du secteur minier au développement économique et social du pays. C’est à cette aune que sera jugée la pertinence de la création de la SOPAMIM et, plus largement, de la nouvelle gouvernance minière mise en place sous la Transition.
Seydou.K. KONE

