Journées nationales du patrimoine culturel 2026 : Le Mali mobilise ses valeurs ancestrales pour construire l’avenir
Pendant deux jours, le Centre international de conférences de Bamako (CICB) a vibré au rythme de la culture malienne à l’occasion des Journées nationales du patrimoine culturel 2026. Placée sous le thème « Rôle et responsabilité du Corps des Danbé Kolosibaw dans la transmission des valeurs du patrimoine culturel » et sous le slogan « La souveraineté culturelle protège l’âme de la Nation », cette édition a réuni autorités publiques, experts, chercheurs, détenteurs de savoirs traditionnels, artistes et représentants des communautés autour d’une même ambition : faire de la culture le socle de la renaissance du Mali.
La cérémonie d’ouverture, présidée par le Premier ministre, Chef du Gouvernement, le Général de Division Abdoulaye Maïga, a offert une image saisissante de la richesse culturelle du pays. Danses traditionnelles, prestations de griots, présence de Donsow, de Korodogow et de nombreuses figures emblématiques du patrimoine culturel ont rappelé la diversité et la profondeur de l’identité malienne.
La culture comme rempart face aux défis contemporains
Dans son allocution, le Premier ministre a livré un plaidoyer fort en faveur de la préservation des valeurs fondatrices de la nation. Revenant sur le glorieux passé des grands empires qui ont façonné l’histoire du Mali, il a rappelé que le patrimoine culturel constitue un puissant facteur de paix, de cohésion sociale et de dialogue entre les peuples. Face aux bouleversements provoqués par la mondialisation, aux crises sociales et aux menaces sécuritaires, le Chef du Gouvernement a mis en garde contre l’érosion progressive des repères traditionnels qui ont longtemps structuré la société malienne. « Notre jeunesse est aujourd’hui en quête de références et de repères. Face à cette crise identitaire et morale, il est impératif de renouer avec les valeurs du Maaya et du Danbé qui ont façonné la grandeur de notre civilisation », a-t-il souligné. Le Premier ministre a rappelé que depuis l’Assemblée historique de Kurukanfuga en 1236, le Mali a développé des mécanismes de gouvernance, de solidarité et de régulation sociale fondés sur la dignité humaine, le respect de la parole donnée, le sens de l’honneur et l’attachement à la communauté. Il a également réaffirmé l’engagement du Gouvernement à protéger, promouvoir et moderniser le patrimoine culturel national dans le cadre de l’« Année de l’Éducation et de la Culture », décrétée par le Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta.
Les Danbé Kolosibaw au cœur de la transmission des valeurs
Au centre des réflexions de cette édition figuraient les Danbé Kolosibaw, ces hommes et femmes reconnus pour leur sagesse, leur engagement communautaire et leur rôle dans la conservation des savoirs traditionnels. Le ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou Daffé, a souligné que ces gardiens des valeurs sociétales constituent aujourd’hui un maillon essentiel de la renaissance culturelle engagée par les autorités. Selon lui, les Danbé Kolosibaw ont la responsabilité de transmettre aux jeunes générations les connaissances, les traditions et les repères culturels indispensables à la construction du « Maliden Kura », le citoyen du Mali nouveau.
Des panels pour réfléchir aux enjeux de la souveraineté culturelle
Durant les travaux, plusieurs panels thématiques ont permis d’approfondir les débats sur les défis liés à la préservation du patrimoine culturel. Les échanges ont notamment porté sur le rôle des Danbé Kolosibaw dans la transmission des valeurs culturelles, la promotion des langues nationales comme instrument de souveraineté culturelle, la protection des biens culturels en période de crise ainsi que la contribution de la culture à la paix et à la cohésion sociale. Des spécialistes, chercheurs et traditionnistes, parmi lesquels Mamady Keïta, spécialiste du N’Ko, Golé Tounkara, Seydou Sangaré, Yacouba Dao et Dr Fodé Moussa Sidibé, ont partagé leurs analyses et expériences avec les participants. La deuxième journée a été marquée par des réflexions approfondies sur le thème « Culture, facteur de dialogue et de paix en temps de crise ». Les intervenants ont démontré que les mécanismes traditionnels de médiation et de gestion des conflits demeurent des outils pertinents pour consolider la paix dans le contexte actuel. Le représentant de Ginna Dogon, Bocary Guindo, a mis en lumière les pratiques ancestrales du pays Dogon en matière de prévention des conflits, tandis que Sékou Siriman Diarra a souligné l’importance du cousinage à plaisanterie comme instrument de rapprochement entre les communautés et de préservation du vivre-ensemble.
Quatorze recommandations pour une renaissance culturelle durable
Les travaux ont pris fin le vendredi 19 juin avec la cérémonie officielle de clôture organisée dans la salle Balla Moussa Keïta du CICB. À cette occasion, les participants ont adopté un Manifeste pour la renaissance culturelle du Mali, comprenant quatorze recommandations destinées à renforcer la sauvegarde du patrimoine culturel et la transmission des valeurs sociétales. Le document a été présenté par Dr Fodé Moussa Sidibé avant d’être officiellement remis au ministre Mamou Daffé, puis transmis au ministre d’État, chargé de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion nationale, le Général de Corps d’Armée Ismaël Wagué. Le ministre Mamou Daffé a invité l’ensemble des acteurs culturels, éducatifs et communautaires à s’approprier les recommandations issues de cette rencontre afin d’en faire un véritable levier de transformation sociale.
Une nouvelle étape pour la refondation culturelle du Mali
Instituées par le décret du 11 août 2022 dans le cadre du processus de refondation de l’État, les Journées nationales du patrimoine culturel s’imposent désormais comme un rendez-vous majeur de réflexion sur l’avenir culturel du Mali. Au-delà des débats et des recommandations, cette édition 2026 aura surtout réaffirmé une conviction largement partagée : la culture demeure l’un des piliers les plus solides de l’unité nationale, de la paix et du développement. En faisant des valeurs du Maaya, du Danbé, de la solidarité et du respect de l’héritage ancestral les fondements de son projet de société, le Mali entend renforcer sa souveraineté culturelle et transmettre aux générations futures les repères indispensables à la construction d’une nation forte, résiliente et fière de son identité.
Seydou K. KONE

