De grade de Colonel à Général : Le putsch profite-t-il à ses auteurs ?
Lors du conseil des ministres du mercredi 16 Octobre 2024, les auteurs du coup d’État militaire d’août 2020 se sont nommés à titre exceptionnel au grade de Général. Le Colonel Assimi Goita qui est le président de la Transition est élevé au grade de Général d’Armée et selon les informations, il sera le plus gradé de l’armée après feux Moussa Traoré et Amadou Toumani Touré et les autres auteurs au grade de Général de Corps d’Armée à titre exceptionnel. De ce fait, la cérémonie de remise des attributs aux nouveaux Officiers Généraux a eu lieu, le lundi 21 octobre 2024, à Koulouba, dans la salle des banquets. Par ailleurs, il faut souligner que ces nominations ont divisé l’opinion. Si d’aucuns les apprécient, il faut reconnaitre que d’autres les critiquent. Chaque à ses arguments. Et on se demande si les autres du putsch ont profité leur acte qui est considéré par la Constitution comme un crime imprescriptible.
En effet, dans le chapitre des mesures individuelles du conseil des ministres, les maliens ont été informé des nominations des 5 colonels, comme le disent certains, auteurs du Coup d’État militaire du 15 août 2020, contre le régime de feu Ibrahim Boubacar Keita, au grade de Général. On peut lire dans le communiqué que le conseil a procédé aux nominations au titre du ministère de la Défense et des anciens combattants, au grade de Général d’Armée à titre exceptionnel : Colonel Assimi GOITA de l’Armée de Terre. Ils ont nommé au grade de Général de Corps d’Armée à titre exceptionnel : Colonel Malick DIAW de l’Armée de Terre ; Colonel Sadio CAMARA de la Garde nationale du Mali ; Colonel-major Ismaël WAGUE de l’Armée de l’Air ; Colonel Modibo KONE de la Garde nationale du Mali. Et pour l’actuel ministre d’État, ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation, Colonel Abdoulaye Maïga nommé au grade de Général de Division à titre exceptionnel. Ainsi, ils sont aux nombres de 4 au grade de Général de Division. Il s’agit du Général de Brigade Daoud Aly MOHAMMEDINE de l’Armée de Terre ; Général de Brigade Abdrahamane BABY de l’Armée de Terre ; Général de Brigade Abdoulaye CISSE de l’Armée de Terre ; Général de Brigade Moussa Moriba TRAORE de la Direction des Transmissions, des Télécommunications et de l’Informatique des Armées ; Général de Brigade Keba SANGARE de l’Armée de Terre.
Des nominations qui divisent
On peut dire que ces nominations ont été appréciées par certains dont les partisans de la transition. Pour eux, ces colonels se sont battus pour libérer le pays du joug de l’impérialisme et des terroristes, même si ces derniers continuent de dicter leurs lois sur beaucoup de villages du centre du pays et du nord. Pour d’autres, ces nominations ne viennent pas au moment propice. Ces colonels ne devraient pas s’auto-nommer à ces grades qui ont des conséquences lourdes sur le budget de l’État. Car, selon les informations, l’entretient mensuel d’un seul général coûte des millions de F CFA. Et aujourd’hui le Mali compte une centaine de généraux.
Les réactions de certains citoyens
Pour Ousmane Diarra, ces militaires méritent ces grades parce que ce sont les libérateurs de notre pays. « Je leur demande simplement de continuer à jouer leur rôle régalien en tant que soldat », dit-il. « Je pense que ces militaires méritent ces grades et cela montre qu’ils devraient faire en sorte de sortir de la transition. Sinon les maliens dans leur majorité souffrent de la cherté de vie et aucune perspective économique. Donc, qu’ils organisent les élections crédibles pour le retour à l’ordre constitutionnel », nous confie Assitan Dramé, une fonctionnaire. Pour le jeune entrepreneur Abdoulaye Diarra, ces militaires n’ont pas montré le bon exemple. En effet, ils se devaient de compatir aux souffrances du peuple malien depuis le début de la transition. « Ils devraient réduire les salaires des ministres et les membres du CNT. Malheureusement les maliens sont dans la misère et eux dans les conforts du pouvoir. Donc pour moi, ils ne pensent qu’à leur bien-être et ce qui encourage d’ailleurs d’autres coup d’État. Parce qu’on constate que les putschistes viennent pour assurer leur vie et celle de leurs familles et non le pays, en occupant les postes juteux du pays et en s’élevant au grade supérieur qu’ils, en temps normal n’auraient jamais », déclare-t-il. Quant à l’ancien Premier ministre, Moussa Mara : « cette décision m’attriste profondément pour deux raisons principales : Se gratifier ou se récompenser soi-même diminue fortement son mérite, il aurait été indiqué de laisser la prise de cet acte à d’autres ; en ces temps difficiles pour les Finances publiques, il aurait été indiqué pour nos autorités de montrer leur sensibilité à la peine de nos compatriotes en évitant des actes à leur profit qui accroissent les charges pour le trésor » estime-t-il. « Le coup d’État est considéré comme un crime imprescriptible selon la constitution et ses auteurs méritent des sanctions exemplaires. Aujourd’hui, l’on a tendance à promouvoir cet acte criminel contre l’État. En 2012, il eut un coup d’État commis par un capitaine putschiste qui s’est autoproclamé Général sans aucun mérite. Ses compagnons et lui se sont enrichis sur le dos du peuple en s’octroyant les postes les plus juteux de l’État. Sept ans après, c’est au tour de cinq Colonels de prendre les armes contre leur pays en faisant un coup d’État contre un régime démocratiquement élu et s’auto-grader. Que Dieu Sauve notre pays », nous rappelle Yacouba Sidibé, gestionnaire. Pour Mariam Barry, ménagère : « Le Mali a trop souffert à cause des politiciens et des militaires véreux. Au fait, on a vu pendant le coup d’État de 2012 comment les militaires putschistes, Amadou Haya Sanogo et ses acolytes se sont enrichis sur le dos du peuple malien. Aujourd’hui, ce dernier est un Général à cause d’un coup d’État. Quelle ironie ! Il devrait avoir honte avec ce titre non mérité. Ils sont nombreux aujourd’hui les militaires maliens qui n’ont autre chose en tête que de faire un coup d’État pour venir voler l’argent public. Mieux, c’est le même scenario pour Assimi et ses acolytes. Selon certaines informations, le pillage de nos ressources en procédant à des achats de terrains et des constructions partout notamment à Kati continue de plus belle. Néanmoins, qu’ils sachent que Dieu Est là et chacun fera un compte-rendu de ses actes a l’au-delà ».
Nomination de 20 officiers supérieurs au grade de Général de Brigade
Par ailleurs, il est à rappeler que lors du conseil des ministres du mercredi 05 juin 2024, les 20 officiers supérieurs de l’armée au grade de Colonel-major sont nommés au grade de Général de Brigade. Ceux-ci viennent s’ajouter au rang des Généraux dont l’entretien coûte cher au budget de l’État. Force est de constater qu’il y a des dizaines de Généraux au Mali dont on ne sait à quoi ils servent. Ils sont dans leur maison à profiter de la rémunération conséquente du grade de Général. Pourtant, cela est anormal. Tous les fonctionnaires ont le devoir et l’obligation envers l’État et le peuple de mériter ce qu’il touche mensuellement comme salaire et autres avantages.
5 coups d’État militaires
Cependant, il est à retenir qu’en effet, depuis l’accession de notre pays à la souveraineté internationale, il a connu 5 coups d’État militaires. Et sur 62 ans d’indépendance, le Mali a connu 32 ans de régimes militaires à savoir de feu général Moussa Traoré, 23 ans au pouvoir suite à un coup de force en 1968 contre le père fondateur du pays, Modibo Keita. Et 10 ans de règne de feu général Amadou Toumani Touré, arrivée au pouvoir en 1991 suite au coup d’État contre Moussa. Ensuite, il revient au pouvoir en 2002 à l’issue des élections. Donc, nous pouvons affirmer ici, que le Mali est en ballotage entre les militaires putschistes et les politiciens. Ils sont les auteurs du bilan du Mali. Ils sont les responsables de la gabegie, de la corruption, de la malversation que subit le Mali. Ces dirigeants se sont enrichis au détriment du peuple qui souffre dans sa grande majorité.
M.L. KONE

