Procès de l’ex-DG de la Sécurité d’État : Une semaine d’audiences marquée par de vifs débats et des témoignages très attendus
Ouvert le 14 juillet devant la Chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako, le procès de l’ancien Directeur général de la Sécurité d’État (SE), le Colonel-major Kassoum Goïta, de l’ancien Secrétaire général de la Présidence avec rang de ministre, Dr Kalilou Doumbia, ainsi que de quatre autres coaccusés, connaît des audiences particulièrement animées. Entre débats de procédure, contestation des charges, révélations à la barre et renvoi de l’affaire au 20 juillet, cette procédure figure parmi les dossiers politico-judiciaires les plus suivis de la Transition.
Le Colonel-major Kassoum Goïta, le Dr Kalilou Doumbia, le Commissaire principal de police Moustapha Diakité, l’adjudant-chef Abdoulaye Ballo, l’homme d’affaires Sandi Ahmed Saloum et Issa Samaké, dit « Djoss », sont poursuivis notamment pour association de malfaiteurs, complot contre le gouvernement, tentative d’attentat et complicité. Tous contestent les accusations portées contre eux.
La défense invoque les lois d’amnistie, la Cour rejette les exceptions
Dès l’ouverture des débats, les avocats de la défense ont demandé l’application des lois d’amnistie adoptées en septembre 2021, estimant que les faits reprochés à leurs clients seraient liés aux événements ayant conduit à la démission du président de la Transition de l’époque, Bah N’Daw, entre le 24 mai et le 28 août 2021. Selon eux, ces textes devraient empêcher toute poursuite judiciaire contre leurs clients. Après examen, la Chambre criminelle a rejeté cette exception de procédure et décidé de poursuivre l’instruction de l’affaire au fond, ouvrant ainsi la voie aux interrogatoires des accusés.
Kassoum Goïta rejette les accusations et livre sa version des événements
Lors de la deuxième journée d’audience, le Colonel-major Kassoum Goïta a fermement contesté toutes les charges retenues contre lui. À la barre, l’ancien patron des renseignements maliens a présenté sa lecture des événements ayant conduit au coup de force du 24 mai 2021. Selon ses déclarations devant la Cour, le président Bah N’Daw préparait le retour à l’ordre constitutionnel à travers l’organisation d’élections, tandis que « le Vice-président et quatre autres colonels avaient un projet de trois, quatre et même dix ans pour diriger le pays ». L’ancien Directeur général de la Sécurité d’État a également affirmé avoir transmis au président Bah N’Daw plusieurs rapports concernant de présumés détournements de fonds destinés à l’acquisition d’équipements militaires. Il a soutenu que son refus de placer les services de renseignement sous le contrôle du Vice-président aurait contribué à la dégradation de leurs relations. Au cours de son audition, il a également déclaré que certains de ses outils de travail auraient été saisis afin, selon lui, de modifier des documents et de fabriquer des éléments à charge contre lui. Ces déclarations ont été faites dans le cadre de sa défense et seront appréciées par la juridiction au regard de l’ensemble des éléments du dossier. Avant lui, plusieurs coaccusés, notamment Issa Samaké, Sandi Ahmed Saloum et Abdoulaye Ballo, avaient dénoncé devant la Cour des violences physiques et psychologiques ainsi que des irrégularités de procédure, tout en rejetant les procès-verbaux établis lors de leurs auditions.
Dr Kalilou Doumbia : « Mon seul crime a été de lire le communiqué du Gouvernement »
La troisième journée d’audience a été marquée par la comparution du Dr Kalilou Doumbia, ancien Secrétaire général de la Présidence avec rang de ministre. Face aux magistrats, il a rejeté toute implication dans un quelconque complot contre les autorités de la Transition. « Mon seul crime a été de lire le communiqué du Gouvernement. Je n’ai fait qu’exécuter les ordres du Président Bah N’Daw », a-t-il déclaré, expliquant que ses fonctions étaient essentiellement administratives et qu’il n’intervenait pas dans les questions de sécurité nationale. L’ancien haut responsable a également relaté les circonstances ayant suivi les événements du 24 mai 2021. Il a affirmé avoir trouvé refuge à l’ambassade d’Algérie avant d’être conduit à Koulouba, où il dit avoir rencontré le président Assimi Goïta. Poursuivant son témoignage, Dr Doumbia a déclaré avoir ensuite été interpellé par des agents de la Sécurité d’État alors qu’il avait repris ses activités universitaires. Il a soutenu avoir subi des violences physiques et psychologiques avant son déferrement devant la justice. L’un des passages les plus remarqués de son audition concerne une déclaration selon laquelle le Vice-président de la Transition lui aurait proposé le poste de Premier ministre. Dr Doumbia affirme avoir décliné cette offre, expliquant qu’il s’apprêtait à rejoindre Washington pour finaliser un contrat avec les Nations unies.
Un procès à fort enjeu
À l’issue de cette troisième journée, le ministère public a sollicité le renvoi de l’affaire afin de permettre l’audition de Soumaïla Bakayoko, présenté comme un témoin important de l’accusation. Malgré l’opposition de la défense, la Chambre criminelle a fait droit à cette demande et renvoyé les débats au lundi 20 juillet 2026. Très suivi par l’opinion publique, ce procès constitue l’une des affaires judiciaires les plus sensibles liées aux événements de la Transition de 2021. Les audiences à venir, notamment avec l’audition du témoin attendu par le parquet, devraient apporter de nouveaux éléments dans un dossier dont l’issue est susceptible d’éclairer l’interprétation des lois d’amnistie de 2021 et les responsabilités pénales alléguées dans les événements ayant marqué cette période de l’histoire politique du Mali.
Par ailleurs, il faut retenir que ce procès est assuré sous la présidence de Bandiougou Fofana, assisté des conseillers Zakaria Kanté et Brehima Bilal. Le ministère public est représenté par le Procureur général Kokê Coulibaly, et la Direction du Contentieux de l’État est représentée par le magistrat Issa Maïga. Quant au greffe est assuré par Mme Diawara Kadiatou.
Seydou K. KONE

